L'informatique appliquée à l'histoire | La quête du futur en histoire

Archive for octobre 2013

Askom est une compagnie française qui a démarré en 2007 qui se spécialise dans la création d’agents virtuels. Il s’agit en fait d’un programme qui permet de naviguer au sein d’un site web en posant des questions à un avatar qui prend très souvent une forme humaine. Askom propose des forfaits mensuels variés permettant de créer un personnage pouvant répondre à un nombre X de questions. Lorsqu’un utilisateur pose une question à l’agent virtuel celui-ci analyse les mots constitutifs de celle-ci et tente de donner la meilleure réponse que sa banque possède à ce sujet. Souvent la réponse dirigera l’utilisateur vers le lien du site web qui lui permettra de trouver ce qu’il cherche. L’avatar s’améliore, normalement, à chaque question puisque l’utilisateur est invité à signaler si la réponse était pertinente ou non. Ainsi, il apprend de ses erreurs et ce type de travail se rapproche de l’intelligence artificielle.

Le lien avec les historiens n’est pas d’emblée énoncé. Toutefois, mon projet de maîtrise tentera de démontrer la pertinence d’un tel outil au sein d’une plate-forme web utilisant une base de données archivistique et culturelle. Étant donné les imposantes collections que l’on retrouve sur ce type d’interface, je crois sincèrement qu’un outil qui pourrait identifier les bons fonds et faire des regroupements selon des mots sélectionnés permettrait de faciliter la recherche tout en révélant de nouvelles associations.

Plusieurs compagnies et organismes ont fait appel aux services d’Askom pour intégrer un agent virtuel à leur site Internet. C’est le cas du gouvernement français pour son site recrutement pour l’armée de terre avec l’ajout du caporal Dupont. Mon premier commentaire serait de signaler les limites de ce type d’interaction. Si on pose une question qui sort des paramètres de l’avatar, il indique de manière très machinal son incompréhension. De plus, le caporal est le premier agent virtuel « protéiforme » d’Askom, ce qui veut dire qu’il possède quatre représentations physiques qui apparaissent de manière aléatoire. Toutefois, ce type de changement cause des problèmes de genre (masculin/féminin) avec le texte que l’on peut lire. Un autre problème est qu’on peut poser deux questions différentes et obtenir la même réponse puisque le programme repère la même suite de mots qui lui dicte de donner le même énoncé. Donc, il est difficile d’aller chercher un détail mal compris. Cet inconvénient sera inévitablement une problématique pour l’histoire qui s’intéresse souvent aux pièces et à leurs détails.

Bref,  je suis convaincu du potentiel de ce type d’outil, mais il faut continuer de peaufiner le produit d’Askom pour arriver à un outil utile aux sciences historiques.

Site officiel d’Askom: http://www.askom.fr/index

Pour questionner le caporal Dupont: http://www.recrutement.terre.defense.gouv.fr/

Dans le domaine des outils historiens sur le web, un problème fondamental est celui de la diffusion auprès du public. Il peut être ardu de rejoindre le plus grand nombre, à moins de partir d’une entité déjà largement reconnue. C’est le cas de la section historique en ligne de la BBC, un fragment d’un acteur médiatique établi mis au service de la connaissance de l’histoire auprès du plus grand nombre.

Qu’est-ce que c’est?

BBC History (http://www.bbc.co.uk/history/0/) est une section du site internet de la British Broadcasting Corporation, le radio- et télé-diffuseur public national du Royaume-Uni. Comme tout site médiatique, il y a une section nouvelles, une section sports, météo, culture, et ainsi de suite. Comme la BBC (« Auntie Beeb » pour les Anglais, traduisible en québécois par «Matante Bibi») a aussi un mandat éducatif, la section History  a été instaurée. Elle vise à rassembler en un seul endroit tous les programmes, publications, articles, éditoriaux et autres à caractère historique émanant de tous les éléments (radio, télé, web) de la BBC. BBC History est donc tout d’abord un portail web, très simple en soi, dont la qualité dépend foncièrement de la qualité des articles publiés.

 

Comment on l’utilise?

BBC History est un site d’accès public gratuit, en anglais bien sûr. Sur sa page d’accueil, on retrouve diverses sous-sections. La principale est la sections actualités, qui rassemble les nouvelles et articles publiés récemment qui présentent une facette historique. Pour la plupart, ce sont des textes sur le web. En barre latérale, on retrouve de nombreux vidéos, extraits audio et reportages liés à l’histoire.

Plus bas, une section permet d’accéder aux documentaires historiques présentés à la télévision et à la radio. (Malheureusement, à cause des restrictions de droits de diffusion, le logiciel iPlayer version vidéo ne fonctionne pas au Canada. Cependant, iPlayer radio est accessible globalement. Il est possible d’atteindre cela en passant directement par le site de iPlayer, catégorie Factual, puis History)

Plus bas encore, on retrouve les liens vers les sections spécialisées en profondeur (British History, World Wars, Ancient History, History for Kids…) et finalement un module qui répertorie les événements à caractère historique en Grande-Bretagne, comme les expositions et les conférences.

Il y a au bout du site une case de recherche pour permettre aux Britanniques de découvrir les activités historiques offertes dans leur voisinage.

 

Que retrouve-t-on comme sujets?

Il y a une très grande variété parmi les articles récents. Certains concernent des découvertes archéologiques, d’autres sont des articles narratifs (ou même polémiques!) sur un point d’histoire et d’autres encore se rapportent à l’historiographie d’une sujet. Plusieurs sont motivés par des évènements actuels et tentent d’expliquer les racines du présent.

Parmi les sections permanentes qui contiennent une plus grande profondeur d’analyse, on retrouve les sections British History (Îles Britanniques), Ancient History (Antiquité), Family History (généalogie), History for Kids (éducation et activités jeunesse), World Wars (Guerres Mondiales), Historic Figures (personnages historiques), Recent History (contemporain) et On This Day (éphémérides).

L’index alphabétique de toutes les sections reste probablement l’endroit le plus crucial pour l’historien, entre autre y sont accessibles les sections interactives Hands on History, qui sont les parties les lus conceptuellement modernes du portail, avec une grande quantité d’applications web, d’activités, d’accès aux ressources dans le but d’intéresser les jeunes.

Si le Royaume-Uni occupe une part importante de l’espace du portail, BBC History présente un éventail remarquablement global de thèmes, dans le temps et dans l’espace. Sans doute une conséquence de la portée immense de la langue anglaise et de l’héritage de l’Empire Britannique, la BBC se veut le média le plus international sur terre, avec sa multitude de versions locales, du swahili à l’urdu. La BBC est une institution nationale avec des moyens non négligeables et une culture institutionnelle qui favorise un haut niveau de qualité.

 

Qu’est-ce que ça procure à l’historien?

Le portail BBC History est tout d’abord un moyen de rester en contact avec le monde et ses aspects historiques. Ce n’est certes pas l’endroit pour  une étude approfondie d’un sujet étroitement spécifique, mais l’étendue de son champ d’action mérite au moins l’intérêt de l’historien humaniste.

Les sections spécialisées et audio-visuelles ont un usage notable pour l’enseignement, avec des capsules sur une grande variété de sujets. Elles peuvent servir à approfondir un sujet, égayer l’expérience pédagogique, présenter une perspective locale (voir le programme radio Witness pour une démonstration des possibilités)  et exercer la compréhension de l’anglais.

En bref, BBC History est un portail très intéressant, et un modèle pour les autres diffuseurs publics nationaux à travers le monde. Il est à noter que le portail a donné naissance à un magazine papier compagnon, History Extra.

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Serendip-o-matic est un outil de recherche développé pendant l’été 2013 par le Roy Rosenzweig Center for History and New Media, et dont le nom fait référence au terme serendipity, qui désigne le fait de faire par hasard une découverte en cherchant autre chose. L’outil a été développé par une douzaine de chercheurs, étudiants, bibliothécaires et professionnels du milieu muséal.

Le concept est assez simple : il s’agit d’insérer du texte dans le champ de recherche – texte d’un article, citation, article Wikipedia, etc. – ou même de se connecter à sa bibliothèque Zotero, et Serendip-o-matic extrait des mots clés afin de suggérer des documents qui pourraient être en lien avec vos intérêts de recherche. Les sources proposées, documents textuels, cartes, photographies, etc., proviennent de plusieurs banques de données contenant chacune plusieurs millions de documents : Digital Public Library of America, Europeana et Flickr Commons.

Le principal intérêt de cet outil, comme le mentionnent ses créateurs, est de permettre de jeter un nouveau coup d’œil sur son sujet de recherche. Il faut garder à l’esprit que le but de cet outil n’est pas de produire des résultats exhaustifs, mais pour les plus curieux et les plus patients, il peut permettre de faire des découvertes surprenantes.

Après plusieurs tentatives, au moment où je m’apprêtais à conclure que cet outil n’était pas très utile, j’ai finalement été interpellée par une photo qui, après une suite de clics, m’a mise sur une piste pour ma recherche de maîtrise. Je dirais que pour obtenir des résultats intéressants avec Serendip-o-matic, le chercheur doit être flexible et se mettre dans un état d’esprit particulier. Il ne faut pas utiliser cet outil avec des œillères.

Néanmoins, même dans un état d’esprit favorable à la sérendipité, certaines caractéristiques de cet outil limitent les résultats que l’on peut obtenir. D’abord, il est conçu pour être utilisé en anglais. Il fonctionne malgré tout lorsque le texte est entré en français dans le champ de recherche, mais bizarrement, lorsque l’on utilise l’option de faire une recherche avec les données de notre compte Zotero, les mots clés sélectionnés par l’outil se voient amputés de leurs lettres accentuées (Québec devient Qubec…). On devine que cette option est plus utile à ceux dont la bibliothèque compte surtout des ouvrages en anglais. Par ailleurs, bien que les banques de données utilisées contiennent des documents d’organismes de partout à travers le monde, il demeure que ce sont surtout des organismes étatsuniens ou européens (Le Musée McCord collabore à Flickr Commons, mais il s’agit d’une des seules institutions canadiennes, selon mes observations. Les institution asiatiques, africaines ou sud-américaines sont très peu représentées.). Finalement, ceux qui s’intéressent au respect de leur vie privée seront contents d’apprendre que Serendip-o-matic n’enregistre ni les requêtes, ni les résultats. Il permet par contre à ceux qui voudraient sauvegarder leurs résultats de recherche de générer une liste des résultats avec des hyperliens.

Pour faire un test, et peut-être des trouvailles, c’est par ici.

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Oct/13

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De cartes en coordonnées: Map Warper

L’histoire des endroits et des localités amène l’historien à étudier les cartes. La cartographie est cependant un art infiniment variable et étonnamment complexe; dès lors, la comparaison de plusieurs cartes devient ardue. C’est pourquoi Map Warper existe. Cet outil vise à permettre à un utilisateur de mette en relation des cartes existantes avec la puissance de la cartographie moderne.

À quoi ça sert?

Map Warper (http://mapwarper.net/) est une plate-forme web sur laquelle une carte précédemment numérisée peut être superposée sur les cartes actuelles. En localisant des points de contrôle communs entre les deux cartes, il est possible de corriger ainsi les inexactitudes des cartes anciennes et de comparer l’évolution géographique d’un lieu. Puisque les cartes modernes sont précisément définies en latitude et en longitude, il est ainsi possible de géoréférencer une carte préexistante, soit de rattacher des coordonnées terrestres à chaque point de la carte. Une carte passe alors d’un simple bout de papier à une collection organisée d’images localisée dans le temps et dans l’espace.

Comment ça marche?

L’utilisateur doit s’inscrire (gratuitement) avec un compte sur le site de Map Warper. Ensuite, il peut télécharger une carte numérisée au préalable, placer des bornes de contrôle correspondant aux points communs entre la carte de l’utilisateur et la carte de fond actuelle, adapter la forme de la carte ancienne pour suivre les dimensions et orientations réelles de la Terre (les géoréférences) et finalement superposer le tout sur une plate-forme cartographique en ligne, telle qu’OpenStreetMap ou Google Maps. Map Warper étant placé sous le signe du logiciel libre gratuit, toute carte sur le site devient accessible à tous les membres pour consultation et modifications, permettant un travail vraiment collaboratif.

 La base du logiciel est faite dans les langages Ruby on Rails. Le code est publié sous licence du MIT et est accessible à tous ceux qui en font la demande.

Qui a fait tout ça?

Map Warper a été développé par Timothy F. Waters du groupe Topomancy LLC (anciennement EntropyFree), avec Schuyler Erle et Shekhar Krishnan, pour le compte du réseau des bibliothèques publiques de la ville de New York (NYPL) et soutenu par le Center for Geographic Analysis de l’Université Harvard. Se disant inspiré par un outil semblable déjà inventé, le Map Rectifier de Metacarta, Waters a voulu améliorer le concept et le rendre plus accessible. Map Rectifier étant un paquet logiciel demandant une compréhension de l’informatique plus poussée; Map Warper est une plate-forme aisément accessible qui ne demande pas ou peu de connaissances informatiques.

Outre le site principal, les deux commanditaires ont chacun leur site spécifique hébergeant une implantation de Map Warper:

http://maps.nypl.org/warper/

et

 http://warp.worldmap.harvard.edu/

Qu’est-ce que ça procure à l’historien?

Par expérience, les cartes anciennes sont une ressource dont l’exploitation peut-être lourde, particulièrement lorsqu’on désire une étude quantitative et exhaustive plutôt qu’une évaluation qualitative et contextuelle de la carte. La qualité variable des cartes, la difficulté inhérente à la cartographie, l’imprécision de la géographie ancienne et l’infinie gamme des échelles se conjuguent pour compliquer la tâche de l’historien. Map Warper implifie énormément l’acte de comparer une carte ancienne avec la situation actuelle; les erreurs de formes sont corrigées et la différentes échelles sont trivialement faciles à gérer. L’économie de temps et d’effort est très grande et permet d’accélérer le passage aux phases de dénombrement, d’examen et d’analyse dans la recherche.

Est-ce de qualité?

Map Warper est cependant encore en phase beta et peut présenter des instabilités. Cependant, les expériences faites ici à l’Université de Sherbrooke sont encourageantes quant à la capacité et à l’efficacité de la plate-forme. Le gain de productivité comparativement aux méthodes de géoréférencement précédentes est si grand que cela surpasse les considérations de stabilité.

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