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Archive for novembre 2014

Nov/14

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Le patrimoine culturel de l’Amérique française sur le Web

 

L’Encyclopédie du patrimoine culturel de l’Amérique française est un ouvrage multimédia en ligne depuis 2008, financée en partie dans le cadre du programme Fonds interactif du Canada de Patrimoine canadien. L’objectif poursuivi par l’encyclopédie est de décrire le patrimoine par la participation de spécialistes sur la question en présentant les principaux éléments patrimoniaux de l’Amérique française. De plus, l’encyclopédie veut créer un lieu de réflexion et d’exploration sur les manières que le patrimoine se constitue.

 

Pour parvenir à ses objectifs, l’encyclopédie utilise plusieurs approches. De fait, il y a beaucoup plus que des articles rédigés par des spécialistes. Par exemple, on retrouve des capsules vidéo de toutes sortes comme des documentaires, des extraits d’événements importants comme le référendum de 1995, des méthodes de fabrications de différents produits, des reconstitutions historiques, des événements sportifs et de commémorations, etc. Ces documents audiovisuels se rattachent tous à un élément du patrimoine de l’Amérique française et sont parfois reliés à des articles scientifiques de l’encyclopédie.

De plus, le contenu de cette encyclopédie comprend même un répertoire d’extraits de chansons très hétéroclites toujours en lien avec le patrimoine de l’Amérique française. Il y a des chansons des années 1900 à 2009 allant de La Bolduc aux Trois Accords.

Par la suite, une vaste banque de données d’images est présente sur le site internet. Par ailleurs, une section nommée : « 360° » permet de voir certains objets sur 360 degrés pour mieux voir certaines caractéristiques précises. En outre, cette section comprend aussi des lieux précis comme la Basilique Notre-Dame de Québec, qui reprend ce même concept, mais avec une série de photo prise de façon à obtenir une vision de 360 degrés sur les lieux.

Par ailleurs, l’Encyclopédie du patrimoine culturel de l’Amérique française offre aux enseignants du secondaire et du collégial un outil pour se servir du site internet dans leurs classes en offrant un plan chronologique avec des articles et des vidéos reliés à l’enseignement de l’histoire du Québec, par l’entremise du patrimoine.

Pour la dernière section, on retrouve une série de jeux sérieux qui aborde les sujets du patrimoine, de la traite des fourrures, des chansons francophones des années 1900 à 2009 et du théâtre francophone.

 

L’intérêt des historiens pour ce site réside dans le fait qu’il s’agit d’une véritable plateforme de diffusion du patrimoine culturel de l’Amérique française, qui est en constante évolution. De fait, on peut aller jusqu’à dire que l’Encyclopédie du patrimoine culturel de l’Amérique française est même un mécanisme de patrimonialisation, puisqu’au lieu d’insister sur le caractère permanent du patrimoine, comme on le voit souvent, l’Encyclopédie le présente comme un phénomène dynamique, toujours en construction. De plus, il ne s’agit pas seulement d’une synthèse des connaissances acquises sur les divers sujets traités, l’Encyclopédie tente de démontrer les mécanismes et les usages sociaux du patrimoine aujourd’hui. En outre, elle fait appel à des nouveaux modes de diffusion pour présenter le patrimoine.

 

Par contre, même si cette encyclopédie s’est méritée la mention Coup de cœur des prix Mérites du français 2011, elle est toujours en constante évolution et contient quelques lacunes. Par exemple, il y a au total 331 articles, ce qui représente encore aujourd’hui une faible proportion des éléments présents du patrimoine culturel de l’Amérique française. De plus, lorsque l’on soumet un texte à l’Encyclopédie, on exige une bibliographie de 5 à 10 titres, par contre il n’y a pas de directive sur les notes en bas de pages. Ce faisant, certains textes présents gagneraient beaucoup plus en valeurs pour les historiens s’il y avait davantage de référence en note en bas de page. Ensuite, les vidéos complètent bien certains articles. Par contre, le répertoire des chansons est quelque peu laissé à lui-même puisqu’aucun lien n’est fait avec les articles. Le seul lien que l’on retrouve avec le reste du site est lorsque l’on joue au jeu sérieux des chansons francophones, puisqu’il donne l’histoire de certaines chansons en périphérie. Par la suite, la section des images et des objets sur 360 degrés est intéressante et très immersive lorsque l’on choisit l’intérieur d’un bâtiment. Cependant, pour les objets en 360 degrés, certains d’entre eux semblent peu pertinents, une simple image pourrait suffire, en d’autres mots une image en deux dimensions peut donner la même information que celle en 360 degrés. Pour ce qui est de la partie pour les enseignants, elle est bien construite et constitue un support intéressant pour ceux-ci.

 

En somme, il s’agit d’une encyclopédie très intéressante qui offre tout de même beaucoup d’informations sur le patrimoine culturel de l’Amérique française et qui va certainement gagner en pertinence au fil des années par l’accumulation de documents sur le patrimoine.

 

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Nov/14

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MapStory : Une nouvelle façon de voir les cartes animées?

  MapStory est un service de création de carte géographique en ligne ouvert à la communauté. Cette initiative a été mise sur pied par la MapStory Foundation en avril 2012. Son objectif est de créer un outil de création de cartes sur un modèle ouvert dans lequel tous pourraient participer. De plus, elle espère être en mesure de créer une communauté d’expert en matière de cartographie pour y faire du travail de type production participative.

 

En raison de l’interface utilisée pour présenter les travaux, le terme carte semble un peu dépassé pour être appliqué à MapStory. En effet, on s’éloigne ici du design classique de la carte qui est en fait une image statique avec des informations dessus. Avec MapStory, les créations géographiques s’apparentent plus à des vidéos que des cartes dans lequel s’enchaine une succession d’images dans le but de démonter une évolution à travers le temps. Par exemple, on peut démonter l’entrée en guerre des différents pays au cours de la Grande Guerre en utilisant MapStory. Dans ce cas, on nous montrerait une carte de l’Europe avec des données qui s’afficheraient successivement à mesure que l’on défilerait sur la ligne du temps. Ces informations seraient superposées à la carte de base. Un autre exemple nous présente l’évolution de la ville de Los Angeles à travers le temps. Ici, on voit la ville s’agrandir au fil du temps alors que l’agglomération englobe graduellement les districts qui l’entourent. Cette fois-ci, il n’y a pas d’information textuelle qui est rajoutée, mais on peut observer une évolution géographique de la ville. Dans les deux exemples, on peut voir l’évolution à travers le temps de «l’histoire» de notre sujet, d’où le nom MapStory.

 

  MapStory se veut éminemment ouvert et fonctionne majoritairement avec ce type de donné. Les cartes produites par les utilisateurs sont diffusées sous la licence creative commons et sont réutilisables et modifiables par les autres membres. L’objectif est aussi de pouvoir avoir une évaluation des pairs pour que les cartes subissent une amélioration constante. La diffusion de ses cartes est donc une priorité pour les fondateurs du site. De plus, il est aussi possible d’encaster les cartes à l’intérieur même d’autres sites. Le vidéo d’introduction nous informe même que l’un des buts de la MapStory Foundation est d’un jour voir ses cartes utilisées sur Wikipédia. Un autre aspect intéressant de MapStory est sa fonction de layer ou couches. Ses couches sont en fait le matériel de base de la carte. C’est en superposant diverses couches que l’on réussit à obtenir une carte animée. Prenons l’exemple de la guerre de Sécession américaine. Une couche peut représenter une carte des États-Unis, une autre la division des États selon leurs allégeances et puis une dernière qui représente les grandes batailles. La superposition de ces trois cartes donne comme résultat final une carte animée sur la guerre de Sécession. L’intérêt de ce système est que chaque couche peut être extraite de la carte finale pour être utilisée dans un autre projet. De cette façon, le travail des utilisateurs bénéficie à tout le monde.

 

Comme l’interface de MapStory est un peu complexe à apprendre, les gestionnaires du site ont créé un wiki pour aider les utilisateurs à s’y retrouver. À L’intérieur de ce Wiki, on retrouve plusieurs informations relatives à l’utilisation de MapStory spécifiquement, mais on peut aussi consulter la section MapSchool. Cette section constitue en quelque sorte une formation accélérée sur les principes de géolocalisation nécessaires à l’utilisation du logiciel.

 

Bien que l’initiative MapStory soit intéressante pour son côté ouvert et gratuit, l’interface laisse à désirer. L’impossibilité d’avoir une interface en français peut rendre l’outil plus difficile à utiliser et restreindre son adoption chez les gens qui ne maîtrise pas l’anglais.   L’aspect ouvert peut aussi être problématique. Comme un peu tout le monde peut aller créer des cartes, il arrive que celles-ci soient mal conçues et que l’information y soit mal à être diffusée. Si l’on reprend l’exemple de la carte sur la Grande Guerre, les informations sont si nombreuses et si mal placées qu’elles finissent par se superposer sur elle-même, rendant le tout très difficile à lire. De plus, il existe des solutions dites classiques à MapStory. Il est possible de simplement prendre une image et d’y accoler des animations pour faire le même effet que MapStory. Par contre, cette solution peut être difficile à faire et être relativement couteuse, ce qui n’est pas le cas de MapStory.

 

  MapStory peut donc avoir son utilité pour les historiens en ce qui a trait à la diffusion de l’information sur une carte ou pour simplement avoir une vision globale d’un événement dans le temps et l’espace. Le système de correction par les pairs peut avoir ses bons comme ses mauvais côtés. Par contre, cette caractéristique n’est pas spécifique à MapStory, mais s’applique à plusieurs initiatives ouvertes sur internet comme Wikipédia. Bien que l’interface de MapStory laisse un peu à désirer par rapport à des services comme les cartes animées, le côté gratuit de MapStory laisse entrevoir des possibilités quasi illimitées. Par contre, le fait que les sources ne soient pas toujours citées met un frein à l’utilisation pour la recherche. Il ne faut pas non plus oublier que le développement de MapStory n’est pas encore terminé. Nous en sommes donc à juger un service qui n’est pas encore à son plein potentiel.

 

 

Bref, il serait négligent de la part d’académiciens travaillant sur des données spatio-temporelles d’ignorer totalement les possibilités de MapStory au niveau de la recherche, mais surtout pour la diffusion. Par contre, seul le temps nous dira si le service peut devenir un incontournable dans la trousse à outils de l’historien.

 

 

 

Cédrik Lampron

 

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