L'informatique appliquée à l'histoire | La quête du futur en histoire

CAT | Outils

Nov/14

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MapStory : Une nouvelle façon de voir les cartes animées?

  MapStory est un service de création de carte géographique en ligne ouvert à la communauté. Cette initiative a été mise sur pied par la MapStory Foundation en avril 2012. Son objectif est de créer un outil de création de cartes sur un modèle ouvert dans lequel tous pourraient participer. De plus, elle espère être en mesure de créer une communauté d’expert en matière de cartographie pour y faire du travail de type production participative.

 

En raison de l’interface utilisée pour présenter les travaux, le terme carte semble un peu dépassé pour être appliqué à MapStory. En effet, on s’éloigne ici du design classique de la carte qui est en fait une image statique avec des informations dessus. Avec MapStory, les créations géographiques s’apparentent plus à des vidéos que des cartes dans lequel s’enchaine une succession d’images dans le but de démonter une évolution à travers le temps. Par exemple, on peut démonter l’entrée en guerre des différents pays au cours de la Grande Guerre en utilisant MapStory. Dans ce cas, on nous montrerait une carte de l’Europe avec des données qui s’afficheraient successivement à mesure que l’on défilerait sur la ligne du temps. Ces informations seraient superposées à la carte de base. Un autre exemple nous présente l’évolution de la ville de Los Angeles à travers le temps. Ici, on voit la ville s’agrandir au fil du temps alors que l’agglomération englobe graduellement les districts qui l’entourent. Cette fois-ci, il n’y a pas d’information textuelle qui est rajoutée, mais on peut observer une évolution géographique de la ville. Dans les deux exemples, on peut voir l’évolution à travers le temps de «l’histoire» de notre sujet, d’où le nom MapStory.

 

  MapStory se veut éminemment ouvert et fonctionne majoritairement avec ce type de donné. Les cartes produites par les utilisateurs sont diffusées sous la licence creative commons et sont réutilisables et modifiables par les autres membres. L’objectif est aussi de pouvoir avoir une évaluation des pairs pour que les cartes subissent une amélioration constante. La diffusion de ses cartes est donc une priorité pour les fondateurs du site. De plus, il est aussi possible d’encaster les cartes à l’intérieur même d’autres sites. Le vidéo d’introduction nous informe même que l’un des buts de la MapStory Foundation est d’un jour voir ses cartes utilisées sur Wikipédia. Un autre aspect intéressant de MapStory est sa fonction de layer ou couches. Ses couches sont en fait le matériel de base de la carte. C’est en superposant diverses couches que l’on réussit à obtenir une carte animée. Prenons l’exemple de la guerre de Sécession américaine. Une couche peut représenter une carte des États-Unis, une autre la division des États selon leurs allégeances et puis une dernière qui représente les grandes batailles. La superposition de ces trois cartes donne comme résultat final une carte animée sur la guerre de Sécession. L’intérêt de ce système est que chaque couche peut être extraite de la carte finale pour être utilisée dans un autre projet. De cette façon, le travail des utilisateurs bénéficie à tout le monde.

 

Comme l’interface de MapStory est un peu complexe à apprendre, les gestionnaires du site ont créé un wiki pour aider les utilisateurs à s’y retrouver. À L’intérieur de ce Wiki, on retrouve plusieurs informations relatives à l’utilisation de MapStory spécifiquement, mais on peut aussi consulter la section MapSchool. Cette section constitue en quelque sorte une formation accélérée sur les principes de géolocalisation nécessaires à l’utilisation du logiciel.

 

Bien que l’initiative MapStory soit intéressante pour son côté ouvert et gratuit, l’interface laisse à désirer. L’impossibilité d’avoir une interface en français peut rendre l’outil plus difficile à utiliser et restreindre son adoption chez les gens qui ne maîtrise pas l’anglais.   L’aspect ouvert peut aussi être problématique. Comme un peu tout le monde peut aller créer des cartes, il arrive que celles-ci soient mal conçues et que l’information y soit mal à être diffusée. Si l’on reprend l’exemple de la carte sur la Grande Guerre, les informations sont si nombreuses et si mal placées qu’elles finissent par se superposer sur elle-même, rendant le tout très difficile à lire. De plus, il existe des solutions dites classiques à MapStory. Il est possible de simplement prendre une image et d’y accoler des animations pour faire le même effet que MapStory. Par contre, cette solution peut être difficile à faire et être relativement couteuse, ce qui n’est pas le cas de MapStory.

 

  MapStory peut donc avoir son utilité pour les historiens en ce qui a trait à la diffusion de l’information sur une carte ou pour simplement avoir une vision globale d’un événement dans le temps et l’espace. Le système de correction par les pairs peut avoir ses bons comme ses mauvais côtés. Par contre, cette caractéristique n’est pas spécifique à MapStory, mais s’applique à plusieurs initiatives ouvertes sur internet comme Wikipédia. Bien que l’interface de MapStory laisse un peu à désirer par rapport à des services comme les cartes animées, le côté gratuit de MapStory laisse entrevoir des possibilités quasi illimitées. Par contre, le fait que les sources ne soient pas toujours citées met un frein à l’utilisation pour la recherche. Il ne faut pas non plus oublier que le développement de MapStory n’est pas encore terminé. Nous en sommes donc à juger un service qui n’est pas encore à son plein potentiel.

 

 

Bref, il serait négligent de la part d’académiciens travaillant sur des données spatio-temporelles d’ignorer totalement les possibilités de MapStory au niveau de la recherche, mais surtout pour la diffusion. Par contre, seul le temps nous dira si le service peut devenir un incontournable dans la trousse à outils de l’historien.

 

 

 

Cédrik Lampron

 

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Géré par la Fédération interrégionale du livre et de la lecture (FILL) et aidé par le Centre national du livre (CNL) et la Société française des intérêts des auteurs de l’écrit (Sofia), le site GéoCulture – La France vue par les écrivains propose depuis 2013 à ses usagers une expérience de « réalité augmentée de la littérature offrant une redécouverte, une réinvention d’un lieu […] ».[1] Cette expérience vous suggère de parcourir l’une des onze régions françaises présentées tout en écoutant ou en lisant un des 600 extraits de romans géolocalisés. Le lieu peut être un quartier, un bâtiment, un site naturel, une route, etc. Chaque extrait est relié à un emplacement géographique réel sur la carte de la région (via Google Map), un court texte décrivant son lien avec le territoire, l’œuvre entière, ainsi que son auteur. Les extraits d’œuvres anciennes y côtoient les plus récentes. En tant que lecteurs, vous êtes aussi invités à participer au développement du site en envoyant des extraits de romans sur les régions choisies. Parmi les objectifs principaux de ce site, nous retrouvons notamment : valoriser le patrimoine littéraire, toucher des publics éloignés de la lecture, participer à la valorisation des territoires ou s’inscrire dans la chaine du livre en tant que promoteur de l’édition contemporaine.

 

Outre les touristes mordus d’activités culturelles, cette expérience en ligne pourrait aussi intéresser des chercheurs en études littéraires s’intéressant par exemple à l’intégration du système d’information géographique en sciences humaines, à la géopoétique (esthétique des lieux dans la fiction), aux médiateurs littéraires (individus ou institutions ayant un certain pouvoir sur le livre) ou au concept de littérarité (ce qui fait d’un texte un texte littéraire). Ce dernier concept se trouve en effet au cœur du processus de sélection des extraits de texte du site. Les critères de sélection qui y sont appliqués pourraient s’avérer discutables : on affirme par exemple que les textes doivent « avoir été publiés par des maisons d’édition, être géolocalisables et posséder un caractère littéraire. » [2] Tout texte ne répondant pas à cette grille semble jugé indigne d’intérêts. Mais qu’est-ce qu’un texte géolocalisable? Et surtout, de quel caractère littéraire est-il question? Le site ne livre pas davantage d’informations sur le sujet, mais laisse du moins penser que la sélection n’est pas fortuite.

 

Parmi les autres éléments discutables, retenons-en deux. Commençons par la non-représentativité de l’ensemble de la communauté française. La sélection de onze régions sur vingt-sept, c’est soit beaucoup, soit très peu. Beaucoup dans le sens que l’on aurait pu expliquer l’étude d’une seule région (l’ensemble est trop vaste, le travail serait trop ardu). Très peu dans le sens que par rapport à l’ensemble, le résultat final est peu représentatif d’une France vue par les écrivains. Ensuite, accordons que l’idée de demander aux internautes de participer au développement du site possédait, dans l’intention, un certain charme. Mais qu’en est-il au final? La sélection très orientée des textes (évoquée plus haut) ne contredit-elle pas cette idée « d’entraide » communautaire ? Ces deux derniers points peuvent sembler vétilleux de prime abord, mais représentent pourtant bel et bien des choix réels ayant des impacts concrets sur toute la chaine du livre.

 

Les différents médiateurs du livre influencent tous plus ou moins les critères de littérarité au fil du temps. La reconnaissance de leur pratique (par les pairs ou le public) demeure l’un des facteurs importants influençant le pouvoir qu’ils en retirent. À ce stade, ce site demeure peu connu dans le milieu littéraire international. Mais il n’est en ligne que depuis 2013. S’il acquiert une certaine notoriété dans le futur, espérons qu’il saura accorder une exposition plus équitable des romans français en général.

[1] : Site internet GéoCulture – La France vue par les écrivains, « Contribuer », 2014, p. 1.

[2] : Site internet GéoCulture – La France vue par les écrivains, « Contribuer », 2014, p. 1.

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Nov/13

25

Criminal Intent : un outil pour le « OWH »

Criminal Intent est un projet du Roy Rosenzweig Centre for History and New Media (CHNM), de Old Bailey Online et de TAPoR (regroupement des différents outils d’analyse de texte disponibles) avec le soutient financier de Digging into Data. Il s’agit d’un projet collaboratif entre trois équipes de trois pays différents :

–          La Grande-Bretagne (pour Old Bailey online),
–          Les États-Unis (pour le logiciel de gestion bibliographique : Zotero)
–          Le Canada (pour le portail d’analyse de texte : Voyant Tools)

 

L’objectif commun est de créer un environnement de recherche lié ou il serait possible de faire plusieurs actions facilement, et ce, conjointement ; il serait possible d’interroger le site de Old Bailey Online, d’enregistrer les résultats directement dans un logiciel de gestion bibliographique (Zotero est le logiciel choisi par l’équipe de Criminal Intent). Les éléments consignés dans Zotero pourraient finalement être envoyés au portail d’analyse de texte Voyant tools (qui est le portail utilisé dans le cadre de ce projet).  Pour ce faire, l’équipe en charge du projet a mis sur pied un plugiciel qu’il est possible d’installer sur son ordinateur dans le but de relier Zotero à Voyant tools. Évidement, l’utilisateur doit d’abord avoir installé Zotero, sans quoi le plugiciel Criminal Intent ne pourra fonctionner.

 

Le projet réunit donc trois ressources en ligne : Old Bailey online, Zotero et TAPoR grâce à un plugiciel. Il permet de développer des modèles de comparaison, de visualiser et d’analyser l’histoire du crime en utilisant Old Bailey online qui contient plus de 197 000 procès et détails biographiques de criminels détenus sur une période de 240 ans en Grande-Bretagne.

 

Ce projet cherche à créer un lien numérique transparent entre différents environnements de recherche pour travailler avec les actes de Old Bailey Online. Plus généralement, Criminal Intent explore les outils et les infrastructures numérique afin de les rendre possible d’utilisation pour «the Ordinary Working Historian» (OWH), qui n’utilise pas actuellement ces techniques, et de les intégrer dans son travail plus facilement, et ce, au jour le jour.

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Nov/13

12

Hypercities: hyperréalisme urbain

La cartographie urbaine est un domaine de recherche très riche, mais la piètre qualité des cartes anciennes et la difficulté de rapporter ces informations à la réalité géographique connue rendent leur emploi difficile. Du moins, jusqu’à ce qu’un instrument comme Hypercities apparaisse.

Qu’est-ce que c’est?

Hypercities (http://hypercities.ats.ucla.edu/) est une plate-forme web qui superpose des cartes anciennes sur un outil informatique de cartes modernes et d’imagerie satellitaire.

Développé conjointement (http://hypercities.com) par des équipes de UCLA, USC et CUNY, cet outil permet de comparer, évaluer et analyser des cartes multiples dans un contexte rigoureusement géoréférencé.

Comment on l’utilise?

Hypercities se manipule comme Google Earth ou un système équivalent, en latitude, longitude, altitude et azimut. Cependant, les lieux accessibles dans la plate-forme se limitent (pour l’instant) à quelques villes importantes, comme New York, Los Angeles, Paris, Rome, Londres, Berlin, Seoul, Tokyo ou Shanghai. Quelques projets spécifiques concernent de plus petites villes, comme Edmonton, Port-au-Prince, El Paso, Ollantaytambo ou Magnésia.

Lorsqu’une ville est sélectionnée, une liste de cartes anciennes devient disponible. Ces cartes peuvent être superposées (avec un contrôle de transparence) sur le globe moderne. De plus, des options d’affichage des routes, des frontières et du relief sont présentes. Le plus remarquable est la présence pour certaines villes d’une option bâtiments 3D qui ajoutent sur la surface les formes approximatives des immeubles réels tel que modélisés par l’équipe en charge d’une ville. Ainsi, l’Empire State Building est reconnaissable à New York.

Outre le mode de recherche par ville, il y a un mode de recherche par collection, où des chercheurs ajoutants des cartes spécifiques par thème ou sujet de recherche dans un espace désigné, comme l’étude approfondie de la ville d’Ollantaytambo au Pérou.

 

Qu’est-ce que ça procure à l’historien?

Hypercities constitue un moyen de diffusion très intéressant grâce à la simplicité de l’interface et l’accessibilité de la plate-forme. La capacité de démonstration visuelle est très efficace. La possibilité de superposer plusieurs cartes dans un cadre géographique exact est extrêmement fructueuse.

Cependant, l’outil ne concerne encore qu’une petite liste de villes, très inégalement décortiquées. Si New York, Los Angeles, sont très riches en informations et cartes, d’autres sont peu étudiées (Téhéran) ou même absentes (Beijing, Chicago, Toronto…). Il reste donc énormément d’espace à couvrir et à remplir.

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Nov/13

5

PressFoward: vers un accès plus facile à la littérature grise

PressFoward est un projet du Roy Rosenzweig Center for History and New Media, qui a pour objectif de faciliter l’identification et l’utilisation de la littérature grise.

La littérature grise, qu’on nomme parfois littérature souterraine ou non conventionnelle, consiste en tout ce qui est produit en format papier ou numérique à l’intention d’un public restreint, en dehors des circuits commerciaux de l’édition et de la diffusion. Les rapports d’études ou de recherches, actes de congrès, thèses, données, projets numériques, etc. en font partie. Par définition, la littérature grise est difficile à identifier et atteindre. Pour régler ce problème, PressFoward a une stratégie en plusieurs volets.

  • Ils font de la recherche sur la diffusion en ligne de la littérature grise et ont publié plusieurs rapports à ce sujet.
  • Ils ont développé un plug-in pour la plateforme WordPress, qui facilite l’ajout et le partage de contenu de plusieurs sources. Le plug-in fournit un lecteur RSS dans le tableau de bord WordPress et un outil de rédaction collaborative qui permet de donner des niveaux d’accès aux utilisateurs et de commenter le contenu. Il y a aussi une interface afin que les éditeurs puissent critiquer et commenter les propositions des utilisateurs.
  • Ils ont des publications expérimentales qui leur permettent de tester leurs méthodes. Ces publications sont assez différentes les unes des autres. Parmi celles-ci, The Journal of Digital Humanities se présente comme une revue traditionnelle, avec des articles complets, mais en ligne. Global Perspectives on Digital History se présente plutôt comme un blogue dans lequel on trouve des liens vers d’autres plateformes de diffusion. Dans le cas d’American History Now, on peut soumettre des comptes-rendus, des articles ou des réflexions qui ne conviennent pas à des publications traditionnelles. Les publications sont révisées en temps réel par ceux qui fréquentent le site, et les meilleures peuvent être désignées comme les choix de l’éditeur. On peut aussi devenir blogueur sur cette plateforme. Leur équipe offre par ailleurs du soutien aux éditeurs potentiels qui voudraient développer une publication en ligne.

Les historiens intéressés à diffuser des travaux qui ne répondent pas aux standards traditionnels peuvent trouver dans les publications de PressFoward un moyen de rendre accessibles leurs résultats de recherche ou leurs idées. Les délais de publication sont beaucoup plus courts et il existe une certaine forme de révision par les pairs qui garantit la qualité du contenu.

Ceux qui voudraient lancer leur propre plateforme de diffusion peuvent bénéficier de l’expérience et du soutien de PressFoward pour leur projet. Il suffit de remplir un formulaire pour identifier la manière dont on souhaite acquérir et réviser le contenu, des sites qui pourraient servir de modèles, etc.

Je n’ai pas été en mesure de tester le plug-in sur une plateforme WordPress, puisque je n’ai pas accès à cette plateforme pour le moment. Cependant, ceux qui désirent le faire peuvent le télécharger gratuitement sur GitHub et obtenir du soutien en ligne.

Askom est une compagnie française qui a démarré en 2007 qui se spécialise dans la création d’agents virtuels. Il s’agit en fait d’un programme qui permet de naviguer au sein d’un site web en posant des questions à un avatar qui prend très souvent une forme humaine. Askom propose des forfaits mensuels variés permettant de créer un personnage pouvant répondre à un nombre X de questions. Lorsqu’un utilisateur pose une question à l’agent virtuel celui-ci analyse les mots constitutifs de celle-ci et tente de donner la meilleure réponse que sa banque possède à ce sujet. Souvent la réponse dirigera l’utilisateur vers le lien du site web qui lui permettra de trouver ce qu’il cherche. L’avatar s’améliore, normalement, à chaque question puisque l’utilisateur est invité à signaler si la réponse était pertinente ou non. Ainsi, il apprend de ses erreurs et ce type de travail se rapproche de l’intelligence artificielle.

Le lien avec les historiens n’est pas d’emblée énoncé. Toutefois, mon projet de maîtrise tentera de démontrer la pertinence d’un tel outil au sein d’une plate-forme web utilisant une base de données archivistique et culturelle. Étant donné les imposantes collections que l’on retrouve sur ce type d’interface, je crois sincèrement qu’un outil qui pourrait identifier les bons fonds et faire des regroupements selon des mots sélectionnés permettrait de faciliter la recherche tout en révélant de nouvelles associations.

Plusieurs compagnies et organismes ont fait appel aux services d’Askom pour intégrer un agent virtuel à leur site Internet. C’est le cas du gouvernement français pour son site recrutement pour l’armée de terre avec l’ajout du caporal Dupont. Mon premier commentaire serait de signaler les limites de ce type d’interaction. Si on pose une question qui sort des paramètres de l’avatar, il indique de manière très machinal son incompréhension. De plus, le caporal est le premier agent virtuel « protéiforme » d’Askom, ce qui veut dire qu’il possède quatre représentations physiques qui apparaissent de manière aléatoire. Toutefois, ce type de changement cause des problèmes de genre (masculin/féminin) avec le texte que l’on peut lire. Un autre problème est qu’on peut poser deux questions différentes et obtenir la même réponse puisque le programme repère la même suite de mots qui lui dicte de donner le même énoncé. Donc, il est difficile d’aller chercher un détail mal compris. Cet inconvénient sera inévitablement une problématique pour l’histoire qui s’intéresse souvent aux pièces et à leurs détails.

Bref,  je suis convaincu du potentiel de ce type d’outil, mais il faut continuer de peaufiner le produit d’Askom pour arriver à un outil utile aux sciences historiques.

Site officiel d’Askom: http://www.askom.fr/index

Pour questionner le caporal Dupont: http://www.recrutement.terre.defense.gouv.fr/

Dans le domaine des outils historiens sur le web, un problème fondamental est celui de la diffusion auprès du public. Il peut être ardu de rejoindre le plus grand nombre, à moins de partir d’une entité déjà largement reconnue. C’est le cas de la section historique en ligne de la BBC, un fragment d’un acteur médiatique établi mis au service de la connaissance de l’histoire auprès du plus grand nombre.

Qu’est-ce que c’est?

BBC History (http://www.bbc.co.uk/history/0/) est une section du site internet de la British Broadcasting Corporation, le radio- et télé-diffuseur public national du Royaume-Uni. Comme tout site médiatique, il y a une section nouvelles, une section sports, météo, culture, et ainsi de suite. Comme la BBC (« Auntie Beeb » pour les Anglais, traduisible en québécois par «Matante Bibi») a aussi un mandat éducatif, la section History  a été instaurée. Elle vise à rassembler en un seul endroit tous les programmes, publications, articles, éditoriaux et autres à caractère historique émanant de tous les éléments (radio, télé, web) de la BBC. BBC History est donc tout d’abord un portail web, très simple en soi, dont la qualité dépend foncièrement de la qualité des articles publiés.

 

Comment on l’utilise?

BBC History est un site d’accès public gratuit, en anglais bien sûr. Sur sa page d’accueil, on retrouve diverses sous-sections. La principale est la sections actualités, qui rassemble les nouvelles et articles publiés récemment qui présentent une facette historique. Pour la plupart, ce sont des textes sur le web. En barre latérale, on retrouve de nombreux vidéos, extraits audio et reportages liés à l’histoire.

Plus bas, une section permet d’accéder aux documentaires historiques présentés à la télévision et à la radio. (Malheureusement, à cause des restrictions de droits de diffusion, le logiciel iPlayer version vidéo ne fonctionne pas au Canada. Cependant, iPlayer radio est accessible globalement. Il est possible d’atteindre cela en passant directement par le site de iPlayer, catégorie Factual, puis History)

Plus bas encore, on retrouve les liens vers les sections spécialisées en profondeur (British History, World Wars, Ancient History, History for Kids…) et finalement un module qui répertorie les événements à caractère historique en Grande-Bretagne, comme les expositions et les conférences.

Il y a au bout du site une case de recherche pour permettre aux Britanniques de découvrir les activités historiques offertes dans leur voisinage.

 

Que retrouve-t-on comme sujets?

Il y a une très grande variété parmi les articles récents. Certains concernent des découvertes archéologiques, d’autres sont des articles narratifs (ou même polémiques!) sur un point d’histoire et d’autres encore se rapportent à l’historiographie d’une sujet. Plusieurs sont motivés par des évènements actuels et tentent d’expliquer les racines du présent.

Parmi les sections permanentes qui contiennent une plus grande profondeur d’analyse, on retrouve les sections British History (Îles Britanniques), Ancient History (Antiquité), Family History (généalogie), History for Kids (éducation et activités jeunesse), World Wars (Guerres Mondiales), Historic Figures (personnages historiques), Recent History (contemporain) et On This Day (éphémérides).

L’index alphabétique de toutes les sections reste probablement l’endroit le plus crucial pour l’historien, entre autre y sont accessibles les sections interactives Hands on History, qui sont les parties les lus conceptuellement modernes du portail, avec une grande quantité d’applications web, d’activités, d’accès aux ressources dans le but d’intéresser les jeunes.

Si le Royaume-Uni occupe une part importante de l’espace du portail, BBC History présente un éventail remarquablement global de thèmes, dans le temps et dans l’espace. Sans doute une conséquence de la portée immense de la langue anglaise et de l’héritage de l’Empire Britannique, la BBC se veut le média le plus international sur terre, avec sa multitude de versions locales, du swahili à l’urdu. La BBC est une institution nationale avec des moyens non négligeables et une culture institutionnelle qui favorise un haut niveau de qualité.

 

Qu’est-ce que ça procure à l’historien?

Le portail BBC History est tout d’abord un moyen de rester en contact avec le monde et ses aspects historiques. Ce n’est certes pas l’endroit pour  une étude approfondie d’un sujet étroitement spécifique, mais l’étendue de son champ d’action mérite au moins l’intérêt de l’historien humaniste.

Les sections spécialisées et audio-visuelles ont un usage notable pour l’enseignement, avec des capsules sur une grande variété de sujets. Elles peuvent servir à approfondir un sujet, égayer l’expérience pédagogique, présenter une perspective locale (voir le programme radio Witness pour une démonstration des possibilités)  et exercer la compréhension de l’anglais.

En bref, BBC History est un portail très intéressant, et un modèle pour les autres diffuseurs publics nationaux à travers le monde. Il est à noter que le portail a donné naissance à un magazine papier compagnon, History Extra.

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Serendip-o-matic est un outil de recherche développé pendant l’été 2013 par le Roy Rosenzweig Center for History and New Media, et dont le nom fait référence au terme serendipity, qui désigne le fait de faire par hasard une découverte en cherchant autre chose. L’outil a été développé par une douzaine de chercheurs, étudiants, bibliothécaires et professionnels du milieu muséal.

Le concept est assez simple : il s’agit d’insérer du texte dans le champ de recherche – texte d’un article, citation, article Wikipedia, etc. – ou même de se connecter à sa bibliothèque Zotero, et Serendip-o-matic extrait des mots clés afin de suggérer des documents qui pourraient être en lien avec vos intérêts de recherche. Les sources proposées, documents textuels, cartes, photographies, etc., proviennent de plusieurs banques de données contenant chacune plusieurs millions de documents : Digital Public Library of America, Europeana et Flickr Commons.

Le principal intérêt de cet outil, comme le mentionnent ses créateurs, est de permettre de jeter un nouveau coup d’œil sur son sujet de recherche. Il faut garder à l’esprit que le but de cet outil n’est pas de produire des résultats exhaustifs, mais pour les plus curieux et les plus patients, il peut permettre de faire des découvertes surprenantes.

Après plusieurs tentatives, au moment où je m’apprêtais à conclure que cet outil n’était pas très utile, j’ai finalement été interpellée par une photo qui, après une suite de clics, m’a mise sur une piste pour ma recherche de maîtrise. Je dirais que pour obtenir des résultats intéressants avec Serendip-o-matic, le chercheur doit être flexible et se mettre dans un état d’esprit particulier. Il ne faut pas utiliser cet outil avec des œillères.

Néanmoins, même dans un état d’esprit favorable à la sérendipité, certaines caractéristiques de cet outil limitent les résultats que l’on peut obtenir. D’abord, il est conçu pour être utilisé en anglais. Il fonctionne malgré tout lorsque le texte est entré en français dans le champ de recherche, mais bizarrement, lorsque l’on utilise l’option de faire une recherche avec les données de notre compte Zotero, les mots clés sélectionnés par l’outil se voient amputés de leurs lettres accentuées (Québec devient Qubec…). On devine que cette option est plus utile à ceux dont la bibliothèque compte surtout des ouvrages en anglais. Par ailleurs, bien que les banques de données utilisées contiennent des documents d’organismes de partout à travers le monde, il demeure que ce sont surtout des organismes étatsuniens ou européens (Le Musée McCord collabore à Flickr Commons, mais il s’agit d’une des seules institutions canadiennes, selon mes observations. Les institution asiatiques, africaines ou sud-américaines sont très peu représentées.). Finalement, ceux qui s’intéressent au respect de leur vie privée seront contents d’apprendre que Serendip-o-matic n’enregistre ni les requêtes, ni les résultats. Il permet par contre à ceux qui voudraient sauvegarder leurs résultats de recherche de générer une liste des résultats avec des hyperliens.

Pour faire un test, et peut-être des trouvailles, c’est par ici.

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Oct/13

8

De cartes en coordonnées: Map Warper

L’histoire des endroits et des localités amène l’historien à étudier les cartes. La cartographie est cependant un art infiniment variable et étonnamment complexe; dès lors, la comparaison de plusieurs cartes devient ardue. C’est pourquoi Map Warper existe. Cet outil vise à permettre à un utilisateur de mette en relation des cartes existantes avec la puissance de la cartographie moderne.

À quoi ça sert?

Map Warper (http://mapwarper.net/) est une plate-forme web sur laquelle une carte précédemment numérisée peut être superposée sur les cartes actuelles. En localisant des points de contrôle communs entre les deux cartes, il est possible de corriger ainsi les inexactitudes des cartes anciennes et de comparer l’évolution géographique d’un lieu. Puisque les cartes modernes sont précisément définies en latitude et en longitude, il est ainsi possible de géoréférencer une carte préexistante, soit de rattacher des coordonnées terrestres à chaque point de la carte. Une carte passe alors d’un simple bout de papier à une collection organisée d’images localisée dans le temps et dans l’espace.

Comment ça marche?

L’utilisateur doit s’inscrire (gratuitement) avec un compte sur le site de Map Warper. Ensuite, il peut télécharger une carte numérisée au préalable, placer des bornes de contrôle correspondant aux points communs entre la carte de l’utilisateur et la carte de fond actuelle, adapter la forme de la carte ancienne pour suivre les dimensions et orientations réelles de la Terre (les géoréférences) et finalement superposer le tout sur une plate-forme cartographique en ligne, telle qu’OpenStreetMap ou Google Maps. Map Warper étant placé sous le signe du logiciel libre gratuit, toute carte sur le site devient accessible à tous les membres pour consultation et modifications, permettant un travail vraiment collaboratif.

 La base du logiciel est faite dans les langages Ruby on Rails. Le code est publié sous licence du MIT et est accessible à tous ceux qui en font la demande.

Qui a fait tout ça?

Map Warper a été développé par Timothy F. Waters du groupe Topomancy LLC (anciennement EntropyFree), avec Schuyler Erle et Shekhar Krishnan, pour le compte du réseau des bibliothèques publiques de la ville de New York (NYPL) et soutenu par le Center for Geographic Analysis de l’Université Harvard. Se disant inspiré par un outil semblable déjà inventé, le Map Rectifier de Metacarta, Waters a voulu améliorer le concept et le rendre plus accessible. Map Rectifier étant un paquet logiciel demandant une compréhension de l’informatique plus poussée; Map Warper est une plate-forme aisément accessible qui ne demande pas ou peu de connaissances informatiques.

Outre le site principal, les deux commanditaires ont chacun leur site spécifique hébergeant une implantation de Map Warper:

http://maps.nypl.org/warper/

et

 http://warp.worldmap.harvard.edu/

Qu’est-ce que ça procure à l’historien?

Par expérience, les cartes anciennes sont une ressource dont l’exploitation peut-être lourde, particulièrement lorsqu’on désire une étude quantitative et exhaustive plutôt qu’une évaluation qualitative et contextuelle de la carte. La qualité variable des cartes, la difficulté inhérente à la cartographie, l’imprécision de la géographie ancienne et l’infinie gamme des échelles se conjuguent pour compliquer la tâche de l’historien. Map Warper implifie énormément l’acte de comparer une carte ancienne avec la situation actuelle; les erreurs de formes sont corrigées et la différentes échelles sont trivialement faciles à gérer. L’économie de temps et d’effort est très grande et permet d’accélérer le passage aux phases de dénombrement, d’examen et d’analyse dans la recherche.

Est-ce de qualité?

Map Warper est cependant encore en phase beta et peut présenter des instabilités. Cependant, les expériences faites ici à l’Université de Sherbrooke sont encourageantes quant à la capacité et à l’efficacité de la plate-forme. Le gain de productivité comparativement aux méthodes de géoréférencement précédentes est si grand que cela surpasse les considérations de stabilité.

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Sep/13

30

Omeka – Simple et efficace

Omeka est un système de gestion de contenu sur plate-forme LAMP (Linux, Apache, MySQL, PHP), sous licence libre, se spécialisant dans la gestion de collections numériques pour les librairies, les musées, les archives et les institutions d’enseignement. Conçue par le Center for History and New Media, Omeka permet une grande flexibilité au niveau de la présentation de l’interface grâce aux multiples extensions et thèmes disponibles. Toutefois, cette liberté n’amène pas une complexité de configuration puisque le logiciel est conçu pour être compris de façon pratiquement intuitive. En d’autres mots, il s’agit d’un logiciel pour les professionnels qui ne sont pas des programmeurs. La grande majorité des modifications de l’interface peut se faire par un tableau de bord d’administration.

L’intérêt pour les historiens se trouve justement dans cette idée de simplicité qui permet de cataloguer des collections d’une manière dynamique. Utilisant le protocole Dublin Core, et même Dublin Core extended, l’historien a la possibilité d’entrer une multitude de métadonnées qui permettent de répertorier le document dans un ensemble ainsi que les composantes de celui-ci. La possibilité de transformer les collections en expositions est aussi un outil utile pour les historiens qui sont en mesure d’expliquer, par le récit muséologique, la cohésion qui existe entre les composantes de leur base de données. Par exemple, Europeana, bibliothèque numérique européenne lancée en novembre 2008, utilise Omeka pour ses expositions sur l’art nouveau.

Il existe deux façons d’utiliser Omeka : avec notre propre serveur ou en hébergeant notre plate-forme sur le leur.  La première option permet une plus grande flexibilité que la seconde puisqu’il est possible d’ajouter des extensions et des thèmes ce qui permet de personnaliser l’interface. En hébergeant, les possibilités sont moins nombreuses. Toutefois, lorsqu’on utilise notre propre serveur il faut avoir une base de connaissances en informatiques puisqu’il faut aller insérer des fichiers téléchargés (extensions et thèmes) aux bons endroits dans les fichiers d’Omeka. De plus, lorsqu’on veut effectuer certaines modifications liées à la configuration interne, il faut directement intervenir dans le code. Ce type de manipulations devient moins intuitif pour un néophyte. Outre cette difficulté, Omeka est maintenant passé à sa version 2.0 ce qui crée certains problèmes de compatibilité. En effet, plusieurs extensions ne sont pas nécessairement mises à jour régulièrement et lorsqu’on a changé la version d’Omeka, celles-ci sont devenues inutilisables. Ce qui empêche d’utiliser tous les outils que l’on avait dans les versions antérieures. Toutefois, on peut croire que ces problèmes seront corrigés avec le temps.

Omeka reste, cependant, un excellent produit pour les professionnels des sciences historiques pour mettre en ligne des collections ; simplement et efficacement.

Pour en savoir plus et essayer:

http://www.omeka.org/

http://www.omeka.net/

 

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