L'informatique appliquée à l'histoire | La quête du futur en histoire

Archive for octobre 2014

Géré par la Fédération interrégionale du livre et de la lecture (FILL) et aidé par le Centre national du livre (CNL) et la Société française des intérêts des auteurs de l’écrit (Sofia), le site GéoCulture – La France vue par les écrivains propose depuis 2013 à ses usagers une expérience de « réalité augmentée de la littérature offrant une redécouverte, une réinvention d’un lieu […] ».[1] Cette expérience vous suggère de parcourir l’une des onze régions françaises présentées tout en écoutant ou en lisant un des 600 extraits de romans géolocalisés. Le lieu peut être un quartier, un bâtiment, un site naturel, une route, etc. Chaque extrait est relié à un emplacement géographique réel sur la carte de la région (via Google Map), un court texte décrivant son lien avec le territoire, l’œuvre entière, ainsi que son auteur. Les extraits d’œuvres anciennes y côtoient les plus récentes. En tant que lecteurs, vous êtes aussi invités à participer au développement du site en envoyant des extraits de romans sur les régions choisies. Parmi les objectifs principaux de ce site, nous retrouvons notamment : valoriser le patrimoine littéraire, toucher des publics éloignés de la lecture, participer à la valorisation des territoires ou s’inscrire dans la chaine du livre en tant que promoteur de l’édition contemporaine.

 

Outre les touristes mordus d’activités culturelles, cette expérience en ligne pourrait aussi intéresser des chercheurs en études littéraires s’intéressant par exemple à l’intégration du système d’information géographique en sciences humaines, à la géopoétique (esthétique des lieux dans la fiction), aux médiateurs littéraires (individus ou institutions ayant un certain pouvoir sur le livre) ou au concept de littérarité (ce qui fait d’un texte un texte littéraire). Ce dernier concept se trouve en effet au cœur du processus de sélection des extraits de texte du site. Les critères de sélection qui y sont appliqués pourraient s’avérer discutables : on affirme par exemple que les textes doivent « avoir été publiés par des maisons d’édition, être géolocalisables et posséder un caractère littéraire. » [2] Tout texte ne répondant pas à cette grille semble jugé indigne d’intérêts. Mais qu’est-ce qu’un texte géolocalisable? Et surtout, de quel caractère littéraire est-il question? Le site ne livre pas davantage d’informations sur le sujet, mais laisse du moins penser que la sélection n’est pas fortuite.

 

Parmi les autres éléments discutables, retenons-en deux. Commençons par la non-représentativité de l’ensemble de la communauté française. La sélection de onze régions sur vingt-sept, c’est soit beaucoup, soit très peu. Beaucoup dans le sens que l’on aurait pu expliquer l’étude d’une seule région (l’ensemble est trop vaste, le travail serait trop ardu). Très peu dans le sens que par rapport à l’ensemble, le résultat final est peu représentatif d’une France vue par les écrivains. Ensuite, accordons que l’idée de demander aux internautes de participer au développement du site possédait, dans l’intention, un certain charme. Mais qu’en est-il au final? La sélection très orientée des textes (évoquée plus haut) ne contredit-elle pas cette idée « d’entraide » communautaire ? Ces deux derniers points peuvent sembler vétilleux de prime abord, mais représentent pourtant bel et bien des choix réels ayant des impacts concrets sur toute la chaine du livre.

 

Les différents médiateurs du livre influencent tous plus ou moins les critères de littérarité au fil du temps. La reconnaissance de leur pratique (par les pairs ou le public) demeure l’un des facteurs importants influençant le pouvoir qu’ils en retirent. À ce stade, ce site demeure peu connu dans le milieu littéraire international. Mais il n’est en ligne que depuis 2013. S’il acquiert une certaine notoriété dans le futur, espérons qu’il saura accorder une exposition plus équitable des romans français en général.

[1] : Site internet GéoCulture – La France vue par les écrivains, « Contribuer », 2014, p. 1.

[2] : Site internet GéoCulture – La France vue par les écrivains, « Contribuer », 2014, p. 1.

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Oct/14

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CartoDB : Le SIG à son meilleur

 

Comme son nom l’indique, CartoDB est un logiciel de cartographie reliant une base de données. Plus précisément, il s’agit d’un système d’information géographique (SIG), c’est-à-dire un système permettant de présenter, d’organiser et de créer des données alphanumériques spatialement référencées, autrement dit géoréférencées, pour permettre au final de produire des cartes et des plans.

 

Ce moteur cartographique d’analyse et de visualisation basé sur le « cloud » donne la possibilité d’utiliser des données géoréférencées en format xls, csv, kml, sql, geojson et plus encore. Parfois, ces données sont déjà présentes dans CartoDB, mais il est aussi possible de retrouver des « opendata » pour élargir, améliorer et faciliter la création de la carte que l’on désire réaliser. Une fois la base de données établie dans le système, on peut faire apparaître les données sur la carte selon différents modes de représentations des données, comme par des points, des polygones et des lignes. De plus, plusieurs outils de customisations permettent d’agencer l’aspect graphique de la présentation des données sur la carte. Par la suite, on peut jumeler les premières données rentabilisées, avec une seconde base de données, pour pouvoir les mettre en perspectives en les observant simultanément sur la carte.

 

CartoDB met à notre disposition des données accessibles en termes de format et crée des outils pour améliorer le traitement de celles-ci. Ce faisant, plusieurs organismes ou individus peuvent utiliser ce système pour parvenir à déceler différentes variables mises ensemble. De cette façon, le « crowdsourcing » peut être utilisé pour développer la quantité et la qualité des bases de données. En somme, l’objectif principal de CartoDB est de donner une accessibilité aux outils géomatiques à un public le plus large possible tout en demeurant un outil complet pour les experts.

 

Pour les historiens, CartoDB procure une plateforme aux possibilités presque infinies. Par exemple, on peut mettre en image des phénomènes particuliers en apposant plusieurs bases de données en relations pour en ressortir un propos remarquable visuellement. D’ailleurs, plusieurs travaux d’historiens recourent aux SIG pour maximiser la compréhension et l’élaboration de leurs propos. De ce fait, CartoDB est un outil de choix pour ceux-ci tout comme pour plusieurs organismes réputés comme l’université Harvard, le National Geographic, la Croix-Rouge, la NASA et plusieurs autres.

 

Par contre, lorsque la base de données que l’on désire n’est pas disponible et que l’on doit la créer de toute pièce avec les données récoltées préalablement, la complexité du logiciel s’accentue radicalement. De ce fait, des compétences dans la programmation deviennent de précieux atouts dans la réalisation. En outre, élaborer une base de données de ce type requiert en plus des compétences nécessaires une charge de travail importante, alors l’historien doit se demander si la réalisation d’une telle entreprise est nécessaire et si cela vaut la peine d’investir une grande partie de son temps à l’élaboration de la carte pour son propos.

 

En somme, au fil du temps, CartoDB va devenir un outil de plus en plus complet par l’entremise des individus et organismes travaillant à élaborer des bases de données géoréférencées. Par contre, il y aura toujours de nouvelles voies à explorer pour les historiens dans l’analyse spatiale, alors ils devront développer des compétences connexes dans la programmation dans ces types de bases de données pour parvenir à leur fin. De façon générale, ce logiciel permet d’améliorer facilement le design, de bien véhiculer l’information entre les différents membres et de donner une plateforme pratiquement complète dans la gestion de données géospatiales. Par contre, il faut rappeler que CartoDB devient rapidement complexe lorsque l’on veut pousser l’analyse avec nos propres données, mais pas inaccessible à l’apprentissage et qu’il devient un outil payant à partir d’une certaine taille d’informations.

 

 

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Soldats Inconnus : Mémoires de la Grande Guerre, de son titre anglais Valiant Hearts : The Great War, est au croisé de plusieurs philosophies de conception de jeu, mais s’inscrit aussi dans une tradition éducative. En effet, il est possible de situer ce jeu développé par la division de Montpellier des studios d’Ubisoft en 2014 dans la lignée des jeux sérieux. Soldats Inconnus : Mémoires de la Grande Guerre se présente aux premiers abords comme un jeu classique de casse-tête dans la veine des jeux d’aventures comme Monkey Island ou bien Siberia. Cependant, comme l’indique son nom, Soldat Inconnus ne se déroule pas dans un monde imaginaire, mais à plutôt comme trame de fond la Première Guerre mondiale. Bien que la thématique abordée par le jeu porte en soi une connotation historique, c’est par sa façon de l’apporter que Soldats Inconnus se distingue. En plus d’avoir comme objectif d’amuser et de divertir, le jeu comporte aussi dimension éducative visant à instruire sur la Première Guerre mondiale.

 

Dans le dernier opus d’Ubisoft, le joueur incarne 4 personnages qui sont happés par le conflit contre leur gré. Tout d’abord, on retrouve Karl, immigré allemand en France qui se voit expulser vers sa terre natale au début de la guerre laissant ainsi sa femme Marie et son fils dernière lui. Par la suite, le joueur se retrouve aux commandes d’Émile, un Français dans la quarantaine qui est aussi le père de Marie, lui-même enrôlé de force dans l’armée républicaine. Le joueur incarne ensuite Fredie, un américain engagé dans l’armée française quête de vengeance contre un baron allemand qui aurait détruit sa vie sentimentale. Finalement, le dernier personnage qui nous est présenté est Anna, une vétérinaire belge étudiant à Paris qui se voit contrainte par la guerre de devenir une infirmière de terrain. Ces quatre personnages sont contrôlés en alternance par le joueur qui doit les faire traverser une série d’épreuves qui prennent la forme de casse-tête logique. Par exemple, le joueur doit activer une machine à l’aide d’un levier, mais ce dernier est détaché et se retrouve en possession d’un officier qui désire que vous lui apportiez un obus pour tirer sur la tranchée ennemie, le tout ayant pour but de sauver un frère d’armes. Ces différentes épreuves ont toutes comme trame de fond des événements importants de la guerre. Émile commence par sa conscription et son camp d’entrainement ou un officier bourru l’injure. On voit par la suite Freddie lors d’un assaut en Alsace-Lorraine, puis Anna conduisant un taxi transportant des troupes vers la Marne, Émile à la Somme, Karl à Verdun et ainsi de suite. Le style de jeu un peu lent que l’on observe souvent dans ce type d’oeuvre permet aux joueurs d’explorer le monde qu’on lui présente sans trop se presser. En plus de pouvoir apprécier l’esthétisme particulier instauré par l’équipe artistique du projet, ce rythme permet aussi au joueur d’assimiler les horreurs de la guerre qui lui sont dépeintes en arrière-plan.

 

Tout ceci fait du jeu Soldats Inconnus : Mémoires de la Grande Guerre un jeu particulièrement intéressant se déroulant en pleine Première Guerre mondiale, mais ne le qualifie pas vraiment dans la catégorie des jeux sérieux. En effet, Soldats Inconnues n’as pas comme but principal la formation d’un individu à accomplir une tâche particulière ou ne désire pas inculquer une habilité spécifique à son utilisateur.  Par contre, le jeu s’inscrit dans une définition plus large de jeu sérieux par sa dimension éducative. En effet, l’oeuvre d’Ubisoft tente de sensibiliser ses joueurs aux atrocités de la Grande Guerre en laissant vivre ses horreurs à l’utilisateur par l’entremise des personnages. De plus, le jeu à été conçu en partenariat avec l’équipe de la série de vulgarisation historique sur la Première Guerre mondiale Apocalypse. Ces liens sont présentés avant et pendant chaque segment du jeu pour expliquer les conditions réelles de la guerre et les raisons qui ont mené à celle-ci. De plus, il est possible de trouver des objets typiques de l’époque au cours du jeu. À la découverte de chacun de ses objets cachés, le joueur est confronté à une photo de l’objet dans son contexte et une description de son importance historique. Le jeu à donc comme but d’éduquer, mais aussi de sensibilisé sur des réalités qui lui sont très éloignées et qu’il ne vivra probablement jamais. Dans ce sens, Soldats Inconnus : Mémoires de la Grande Guerre peut être considérée comme un jeu sérieux.  Il permet donc au joueur de s’éduquer sur la Première Guerre mondiale tant par l’entremise des actions qu’il doit accomplir à travers les personnages, mais aussi à la fréquentation des archives et artéfacts qu’il découvre au cours de son séjour.

 

On peut donc considéré Soldats Inconnus : Mémoires de la Grande Guerre comme étant un très bon outil de vulgarisation sur la Première Guerre mondiale au même titre qu’un documentaire. De plus, l’aspect interactif permet au joueur d’apprendre tout en s’impliquant de façon plus concrète qu’une production télévisuelle lui aurait permis. Par contre, comme toute production qu’elle soit télévisuelle ou écrite comme un livre, Soldats Inconnus est aussi orienté et biaisé. En effet, le fait que sa production ait eu lieu en France déteint quelque peu sur le jeu. Tous les personnages ont un lien relativement fort avec la France et on ne joue jamais personne du camp des empires centraux opposé à la France. De plus, le «grand méchant» est un baron allemand qui est en fait une caricature stéréotyper de ce que les poilus auraient pu désigner comme un Boche. Un dernier aspect qui est plus ou moins négatif du jeu est qu’il se classe dans ce que l’on pourrait appeler comme de l’histoire mémoire. Par contre, cette critique n’est pas spécifique à ce jeu, mais à beaucoup d’outils de vulgarisation. Tout de même, le penchant vers l’histoire mémoire n’est pas si présent et ne retire donc pas la valeur pédagogique de l’oeuvre. En somme, il s’agit d’un bon outil de vulgarisation qui peut être très efficace pour plusieurs types de public non universitaire et aussi pour un public universitaire qui ne serait pas expert en la matière. Notre équipe qui a travaillé sur la critique du jeu possède des bases assez solides sur la Première Guerre mondiale et à quand même beaucoup appris au cours de son expérience. C’est donc pour ses raisons que nous croyons que Soldats Inconnus : Mémoires de la Grande Guerre mérite d’être considéré pour ses vertus pédagogiques.

 

Cédrik Lampron

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