L'informatique appliquée à l'histoire | La quête du futur en histoire

Archive for septembre 2014

La principale difficulté dans l’étude du parcours de Vincent van Gogh est le quasi-silence des médias de son époque à son sujet. Ce constat peut paraitre difficile à croire de nos jours puisque la renommée de l’artiste n’est plus à prouver, mais ce serait oublier que celui-ci n’a même jamais vendu une de ses toiles de son vivant. Devant ce vide « public », que reste-t-il aux historiens d’art, presque deux-cent ans après sa mort, pour analyser sa vie, sa posture ou son parcours?

 

Le site « Vincent van Gogh, The Letters », créé en collaboration avec le Van Gogh Museum et le Huygens Institute of the Royal Netherlands Academy of Arts and Sciences, tente de combler ce manque par la numérisation des discours privés de l’artiste dans ses correspondances. Au total, 902 lettres et 25 manuscrits sont maintenant accessibles en ligne à l’usage de tous. Il s’agit pour la plupart de lettres de l’artiste (736/902). Mais l’expérience ne s’arrête pas là : ce site regorge de ressources visant à faciliter, bonifier ou orienter le travail des chercheurs. Classés par blocs en haut de l’écran principal, les différents outils sont regroupés selon trois thématiques principales : les blocs gris et jaune sont dédiés à la recherche; le vert : au volet historique (tant de l’artistes et ses compères que de la publication de ses lettre); le gris : à des outils ou renseignements divers (à propos, chronologie, bibliographie, etc.). Chaque lettre manuscrite est de plus accompagnée de sa transcription dans la langue d’origine (néerlandais ou français), de sa traduction en anglais, de numérotation de lignes, de notes éditoriales et de croquis (si la lettre en contient). La langue anglaise fut sélectionnée dans l’optique principale d’une consultation internationale. Bref, vous l’aurez compris compte tenu de l’immense variété d’outils disponibles, cette édition numérique des lettres de Vincent van Gogh s’adresse d’abord et avant tout aux historiens d’art et de littérature désireux d’y appliquer étude textuelle ou contextuelle.

 

Toutes ces dernières étapes, jumelées à toute la recherche entourant les lettres, les personnages, le contexte et j’en passe, témoignent de l’énormité du projet en général. Au total, quinze années auront été nécessaires à sa conception et à sa production. Impressionnant, n’est-ce pas? Évidemment, mais je considère néanmoins qu’une plus judicieuse ou peut-être même plus simple organisation eût été préférable à une consultation optimale. D’abord, la disposition de toutes les colonnes de textes descriptifs me semble trop étroite, ce qui accentue chaque fois la sensation que tout est long, très long. Un texte davantage justifié et proportionné pourrait par exemple alléger la lecture. Ensuite, je me questionne sur la logique de présentation des différents outils. Dire qu’il y en a plusieurs serait un euphémisme, vous le constaterez d’un coup d’œil. Tous ces outils peuvent être intéressants dépendamment des besoins d’un chercheur, mais à mon sens, l’organisation ci-présente ne facilite pas toujours le travail de l’utilisateur. Les trois premiers « blocs » me semblent clairs et pertinents, mais le dernier donne l’impression d’avoir emmagasiné tout ce que les autres ne pouvaient contenir. En plus d’être situé le plus à droite de l’écran (donc normalement moindre en ordre d’importance), il contient en effet plusieurs types d’informations complémentaires ajoutées les unes à la suite des autres sans ordre ou organisation. Je comprends que le projet représente un travail titanesque, mais l’organisation devrait être davantage orientée en fonction de l’objectif initial : simplifier le travail de futurs chercheurs.

Josianne Dubé

No tags

Theme Design by devolux.nh2.me